Malentendu thérapeutique

On voit arriver en consultation des enfants décrits comme « difficiles, ayant rencontré très tôt des problèmes d’intégration scolaire » conduits par des parents à bout, ne sachant plus si ils doivent s’en prendre aux institutions qui n’ont pas compris leur enfant, ou bien à l’enfant lui-même, qui n’est pas tout à fait comme les autres.

Parfois ces enfants ont été renvoyés de plusieurs établissements scolaires, pris à contre cœur par des enseignants rebutés par ces élèves bizarres.
D’autant plus mal vécu, qu’ils perçoivent un potentiel inexploitable et qu’ils se sentent remis en cause dans l’exercice de leur fonction.

Paresseux, perturbateurs, agités, incapables de s’intégrer, pas d’amis ou… les plus mauvais éléments, rêveurs, bref vexant pour tout professeur consciencieux.

Il est alors fortement conseillé aux parents de consulter un « spécialiste ».

Le tableau dépeint par l’école va différer de celui décrit par les parents et obscurcir au lieu de clarifier.

Comme manifestement il a l’air intelligent, on va faire l’impasse d’un test de QI, et passer directement au Rorschach à la recherche d’une pathologie.
Et là, la difficulté d’interprétation de ce test avec de jeunes sujets, l’imagination débordante de l’enfant ou au contraire son inhibition vont contribuer à nourrir le malentendu.
Parfois on ne s’accorde qu’à un seul symptôme, exemple les difficultés graphiques, fréquentes chez les enfants précoces.

Un psychomotricien va dans un premier temps améliorer la situation, du fait même de la relation privilégiée qu’il va instaurer avec l’enfant.
Sorti de son contexte, ce symptôme va finir par être interprété comme un réel retard moteur à combler.
En mettant l’accent sur ce seul signe, sans s’interroger sur son origine, on enkyste le problème et on occulte tous les points positifs.
Et le malentendu de grossir...

L’enfant, lui, s’est défini au travers des adjectifs dont on le qualifie, avec une image déformée de lui- même.
Les cahiers mal tenus, les mauvaises notes qui soulignent sa négligence, l’accumulation de ratures et il se sent sale.
Honteux et impuissant à offrir une image plus conforme de ce qu’il ressent, il ne lui reste plus que le repli.
L’espoir, mis dans cette thérapie, va vite être déçu.
Il lui faudrait expliquer ce que lui même ne comprend pas.
Il parle et le thérapeute écoute patiemment, et attend de trouver la clé de son patient.

Tout le monde s’épuise. Les années passent.

Les enseignants sont soulagés de le voir entre de bonnes mains, sans qu’ils n’aient plus besoin de se remettre en cause.
Les parents accompagnent religieusement leur enfant en consultation, même si une petite voix au fond d’eux, leur dit qu’ils font fausse route.

L’enfant accompagné de son imagination débordante, va nourrir son thérapeute. Ses débordements, ses rêves fournis, sa provocation, sa manipulation vont amener à penser que peut-être , nous serions là, face à un terrain psychotique ou à une grave psychose…

Le chemin du retour vers soi, est bien mal engagé.
Sous le masque, s’étiole la personnalité de l’enfant, prisonnier de son rôle.
Et le malentendu de devenir quiproquo éléphantesque.

L’idée de se rebeller effleure, mais les résultats sont encore plus désastreux.

Le thérapeute, non formé aux spécificités de la surdouance ne fera jamais le lien.
Devant un enfant testé à très haut potentiel, il affirmera haut et fort « que cela ne change rien à son problèm  » et de continuer pour quelques années supplémentaires, un travail thérapeutique inadapté.

Il est maintenant un enfant dépouillé de tout ce qui faisait sa spécificité, et qui, pour survivre doit se résoudre à un renoncement douloureux : sa curiosité, son désir de connaissance…
Tous ces deuils sont préférables à un rejet de la part de l’entourage amical et pédagogique.

Tout à son deuil, il n’est plus rien.

Et deux courants vont s’opposer, cette apathie morbide due à ses renoncements et cette formidable énergie, ne peuvent que se retourner contre celui qui la possède.
Et la thérapie de s’enliser sur le ou les symptômes, ne tenant pas compte de l’identité.

Quant à l’avenir qui semblait pleins de merveilles et de découvertes, cela s’est réduit à un adolescent apathique et à un adulte allant d’échec en échec, replié sur lui-même.
Ce qui, au delà d’être un immense gâchis individuel, est également, priver une société d’un enrichissement, d’un capital inventif, d’artistes…

Tout cela au nom d’une intégration normative.

On peut seulement espérer que ce potentiel en sommeil, se réveille et le poussera vers une saine colère et que les années perdues dans les limbes de la conformité ne laisseront pas un goût trop amer.

Approches psychiatriques

Deux courants divergent en psychiatrie.

L’approche psychanalytique qui considère que le sur-don est un symptôme à traiter, au même titre que toutes les variations douloureuses de la norme.

L’autre approche tend à penser que la méconnaissance de leur fonctionnement et l’inadaptation des institutions scolaires et médico-psychologiques, entravent leur développement scolaire et leur épanouissement.

Il n’y a ce jour aucune formation sur le sujet dans le cursus initial des psychiatres.